Nous sommes actuellement tous en train de prononcer un nom.
Halima Gadji.
Un nom que beaucoup connaissent.
Un visage que beaucoup ont admiré.
Une voix, une présence, une sensibilité
qui ont traversé les écrans
et touché bien au-delà des rôles.
Mais aujourd’hui,
ce n’est pas l’actrice que nous appelons.
C’est la femme.
C’est l’âme.
Halima Gadji avait ce don rare :
elle n’imposait rien,
elle révélait.
Elle savait habiter les silences,
porter les émotions sans les trahir,
dire la fragilité sans jamais l’abaisser.
Elle était profondément humaine.
Et c’est souvent ce que le monde pardonne le moins.
Halima souffrait de dépression.
Non pas d’un manque de foi.
Non pas d’un défaut de caractère.
Mais de cette fatigue intérieure
que l’on ne voit pas,
que l’on explique mal,
et que l’on juge trop vite.
Elle a connu le rejet.
Un rejet public.
Bruyant.
Blessant.
Un rejet qui use les forces
et isole les cœurs.
Elle en a souffert.
Longtemps.
En silence.
Avec cette dignité que l’on applaudit après coup,
mais que l’on protège trop rarement quand elle vacille.
Dans la nuit du lundi 26 janvier 2026,
Halima Gadji nous a quittés.
Et le Sénégal a été saisi de stupeur.
Depuis, les hommages affluent.
Les mots doux se multiplient.
Les regrets s’expriment.
Mais permettons-nous, sans colère,
sans doigt pointé,
une vérité simple :
les fleurs et les R.I.P. déposées après la mort
ne remplacent jamais
les mains tendues de leur vivant.
Halima laisse derrière elle une enfant.
Une fille.
Une enfant qui grandira désormais
sans la présence de sa mère.
Gardons cela en mémoire.
Tous.
Car chaque mot prononcé sans précaution,
chaque jugement jeté sans mesurer son poids,
ne disparaît pas avec celui ou celle qu’il atteint.
Il reste.
Il traverse.
Il atteint parfois ceux qui restent.
Halima laisse aussi une mère.
Une mère déjà meurtrie par la perte d’une fille,
et désormais confrontée à une douleur
que rien ne devrait jamais multiplier.
Elle laisse un frère, Khader,
compagnon de cœur,
allié discret,
présence aimante
dont la complicité était connue de tous.
Elle laisse une famille entière
et des proches sous le choc,
portant désormais une absence
qui ne se comble pas par des discours.
Ce livre ne désigne personne.
Mais il pose une question que l’on ne peut plus éviter :
à quoi servent les hommages,
si l’amour n’est donné qu’après la mort ?
Ce texte n’est pas une accusation.
Il est une invitation.
Une invitation à réfléchir
avant de parler.
Avant de juger.
Avant de relayer.
Avant d’enfoncer quelqu’un
qui lutte déjà pour rester debout.
Halima Gadji nous rappelle,
dans sa chair et dans son absence,
que la honte n’est jamais abstraite.
Elle a des conséquences.
Des visages.
Des enfants.
Des familles.
Si nous voulons honorer Halima,
alors honorons-la autrement que par des mots tardifs.
Honorons-la par plus de douceur.
Plus d’écoute.
Plus de retenue.
Plus de responsabilité.
Que son nom demeure,
non comme un regret figé,
mais comme un rappel vivant :
aucun talent,
aucune lumière,
aucune sensibilité
ne devrait jamais être laissée seule
face à la cruauté du monde.
Halima Gadji.
Que ta mémoire nous élève.
Et que ton absence nous oblige.
Islama Christa
Autrice