On consacre tant de lignes, tant d’attention, à ceux qui blessent…
À force de scruter les ombres humaines, on en oublie ceux qui portent la lumière.
Pourtant, sur nos chemins parfois cabossés, il existe des êtres discrets et immenses :
des réparateurs silencieux, des gardiens de souffle, des faiseurs de paix.
Ils n’arrivent pas avec fracas.
Ils ne s’imposent pas.
Ils se présentent simplement, comme un rayon d’aube glissé entre deux nuages.
Et soudain, notre monde intérieur respire à nouveau.
Ces personnes ne guérissent pas parce qu’elles seraient exemptes de blessures.
Elles guérissent parce qu’elles ont appris à aimer avec leurs cicatrices.
Leur magie ne tient pas à des discours grandioses, mais à la délicatesse de leurs gestes quotidiens,
ceux que personne ne voit, ceux qui se déposent dans l’âme comme une caresse.
Elles ont une façon particulière d’être présentes :
une présence qui stabilise, qui ordonne nos chaos,
qui nous rappelle doucement tout ce qui, en nous, mérite de vivre encore.
Ce ne sont pas des personnes « parfaites ».
Ce sont des personnes habitées.
Habitées par la joie simple.
Par l’attention sincère.
Par la bonté qui ne se raconte pas, mais qui se ressent dans l’air.
Elles portent un parfum subtil :
celui auprès duquel on se surprend à s’ouvrir sans prudence,
à déposer nos fardeaux sans les avoir prévenus.
Ce parfum, c’est celui du cœur qui ne juge pas,
du regard qui accueille,
du sourire qui ramène le soleil dans nos tempêtes.
Près d’elles, nos peurs se reposent.
Les doutes cessent leur vacarme.
Nos rires retrouvent leur légèreté première.
Nos larmes cessent d’avoir honte de couler.
Ces êtres-là, véritables oasis humaines,
réparent sans toucher,
apaisent sans parler,
aiment sans s’imposer.
Ils déposent dans nos vies de petites graines d’espoir,
qui éclosent bien après leur passage.
Ils nous enlacent sans leurs bras,
uniquement avec la vibration de leur présence.
Et parfois — souvent même —
ils guérissent sans savoir qu’ils guérissent.
Il suffit d’un regard, d’un geste infime,
d’un silence partagé où notre âme se remet à battre.
Ils ne traversent pas nos vies par hasard.
Ils réveillent en nous ce que l’on croyait éteint.
Ils rallument les lanternes que nos tempêtes avaient soufflées.
Ils remettent debout ce que la vie avait plié.
Alors prenons le temps de les reconnaître.
Car le monde, malgré le vacarme de ses blessures,
est encore peuplé de ces êtres-médecines,
ces passeurs de chaleur,
ces âmes qui guérissent simplement en existant.
Et peut-être, sans même nous en rendre compte,
sommes-nous déjà l’un d’eux
pour quelqu’un qui, quelque part, recommence à vivre.